Considérations inactuelles 9  

Rome 9 mars 2009

SOLIDARITÉ AVEC LE « CARTOONIST » ENZO APICELLA LICENCIÉ SANS PRÉAVIS APRES 15 ANS PAR LE NÉO-DIRECTEUR DE « LIBERAZIONE » DINO GRECO

 

LUCIO MANISCO  

Reçu de l’auteur et traduit par Marie-Ange Patrizio

 

Cher Apicella,

Fondateur et premier directeur de Liberazione jusqu’à ma démission à laquelle se sont longtemps opposés le président et le secrétaire du PRC de l’époque, je ne suis jamais intervenu dans les polémiques qui ont accompagné les affaires économiques et politiques du quotidien non moins que celles sur sa lourde contribution à la débâcle[1] du parti et de toute la gauche italienne.

Ton licenciement me conduit de facto à interrompre ce silence dans la mesure où disparaît avec tes vignettes quotidiennes la dernière présence emblématique de la continuité d’idée –communiste et libertaire- de Liberazione (si Vauro Senesi se trouvait de façon absurde éloigné de il manifesto les conséquences ne seraient pas moins délétères et  terminales).

 

Il ne me semble que trop évident que tu as été touché par un acte censorial de la présente direction, de même que tu avais été la cible de censures intermittentes de celle qui l’a précédée. Il se peut que je me trompe mais je crois vraiment qu’après les massacres israéliens au Liban puis à Gaza, que tu as dénoncés chaque jour avec la véhémence du trait et une indignation partagée par tout être humain, quelqu’un a actionné contre toi l’ignoble guillotine du présumé, et inexistant, antisémitisme.

 

Si je me souviens bien les directeurs de périodiques comme Punch, The Observer et de quotidiens comme The Guardian n’ont jamais  écarté tes dessins, même les plus férocement anticapitalistes ; ils se sont même enorgueillis de ta collaboration. On me dit que l’actuel directeur de Liberazione est quelqu’un de bien, venant d’une honnête militance syndicale, même si dépourvu de toute expérience journalistique : renoncer à ta collaboration contredit les deux premières assertions et ne se justifie pas par le troisième.

 

Après quinze années de stakanovisme quotidien dans tous les coins du monde et « pour solde de tout compte», tu es touché par une mesure qui précède la déclaration de l’état de crise : juste toi, qui par choix moral et idéologique avais renoncé à des embauches et contrats, tu es à présent éloigné en tant que « précaire », c’est-à-dire non protégé par le contrat national, et avec une phraséologie mielleuse dont je souhaite qu’elle ne soit vraiment pas celle de celui qui a signé la lettre.

 

Avec l’estime de toujours et la solidarité la plus active je t’envoie mon plus cordial salut.

 



[1] En français dans le texte